Partie 22
25/08/2010 21:49 par panther12
Nous étions une semaine après la rencontre avec les Törkys et je n’avais pas la moindre idée de ce qui c’était passé entre eux et mon ancien compagnon obligé. Cela était bien loin maintenant et j’avais bien d’autres soucis en tête pour le moment. Les proies, sur le nouveau territoire que nous venions de gagner, semblaient assez rares. La chasse était plutôt maigre, alors j’en profitais pour apprendre les rudiments de notre survie au petit qui en fait ne l’était plus vraiment. Comme une vraie mère, je lui montrai les astuces du métier. Sulus en profitait pour se refaire une santé et du muscle.
J’avais enfin l’esprit tranquille, les Törkys ne viendraient plus nous déranger et Tummuus devait être hors d’état de nuire et ce depuis un bon bout de temps déjà, comme ses deux compères. A avoir voulu prendre le contrôle d’une meute qui n’était guère la sienne, il s’est fait prendre à son propre jeu.
Je pouvais maintenant me concentrer sur la reconstruction de mon clan, bien que le potentiel n’était pas très haut : deux louves et un mâle loin d’être en âge de se reproduire. Je gardais quand même bon espoir qu’un jour nous allions rencontrer d’autres représentants de notre race et qu’ils y aient de bonnes chances pour qu’ils se joignent à nous. À partir de ces pensées positives, je continuai de vivre comme s’il n’y avait jamais eu l’ombre d’une seule menace. La chasse et le repos devinrent alors nos seuls loisirs sur ce territoire petit, mais sûr.
Je retrouvais enfin une paix intérieur inespérée, étendue là, face à ce soleil radieux qui nous annonçait un été plutôt chaud. Ma fourrure était plus belle qu’elle ne l’avait été depuis plusieurs jours. J’avais pu me ressourcer à la longue rivière qui traversait de part en part notre contrée.
Justement, cette rivière était le sujet de mon attention : en cette journée particulièrement torride. Je m’attendais à ce que certains animaux viennent s’y abreuver. Je les attendais à l’affut avec Sulous dont le ventre criait famine.
-« J’espère bien que tu ne trompes pas en restant à attendre ici. Il me semble qu’il serait plus sage d’aller faire un tour plus au nord. »
-« On ira demain, s’il n’y a rien eu ici ! »
-« J’ai cependant trop faim pour attendre à demain ! »
-« Comment veux-tu connaître chaque recoin de notre nouveau terrain, si tu n’as pas la patience de les découvrir. »
-« D’accord, J’ai compris ! »
La faim lui faisant facilement changer d’humeur, pour cela je pris un ton calme et lui répondit :
-« C’est une période d’adaptation qui ne devrait pas perdurer. Ce n’est qu’une passe, il ne faut pas que tu te décourages si vite. »
Elle ne parla pas, je savais ce qu’elle ressentait : moi aussi, j’aurais cru que cet endroit serait bien puisqu’il était si beau. Les collines et clairières verdoyantes avaient tout pour plaire aux multiples proies. Peut-être n’étions-nous pas seuls ! Je chassai cette idée de ma tête. J’en avais quelque peu marre de toujours me soucier des autres prédateurs aux alentours. J’étais maintenant une chef et ce n’était pas des renards ou bien quelques rapaces qui allaient me faire peur.
-« Aller, on reste encore un peu et on ira voir à Karkotus. Après nous irons plus vers le nord. »
-« Je suis en train de me demander si ce n’était pas mieux avec Tummuus ! »
Je restai figée de stupeur. Comment pouvait-elle souhaiter ne s’être jamais enfuie loin de ce dictateur. Je l’a regardée d’un air ahurie, je ne pouvais tout simplement pas comprendre !
- « Avec lui nous avions toujours à manger peu importe la saison, il était un chasseur hors-paire ! »
-« Qu’attends-tu pour y retourner ! Si tu n’es pas contente de vivre libre, va voir ce qui reste de ton chef chéri ! » lui lançais-je de ton acerbe.
Je n’aurais pas cru qu’elle puisse réagir comme cela. Elle m’avait pourtant accompagnée de plein gré et dans l’espoir d’échapper à cette vie qu’elle ne semblait pas apprécier. Comment pourrais-je comprendre cela ? Je jetai un regard vers le ciel, pensant à mon fidèle compagnon.
-« Ô toi, mon tendre Voima, qu’aurais-tu fais à ma place ? Je ne pouvais quand même pas rester là ! »
Je secouai la tête, comme s’il allait me répondre.
Eh oui, encore une fois, j’étais la proie de ces maudites bestioles putrides. Combien de fois allais-je devoir les affronter avant d’en avoir la paix ? Après m’avoir tout bonnement sauvée de leurs griffes quelques temps auparavant, voilà que mon infâme compagnon les avait envoyés sur nos traces. Que de joie dans mon pauvre cœur déjà lasse de tous les combats passés. Sulous et Karkotus se recroquevillèrent derrière moi, tremblants comme des feuilles au vent d’automne.
Ce fût à ce moment que je me rappelai Voima et ce que j’étais vraiment : la chef louve de l’ancienne tribut des Torahammas et s’il en était ainsi, j’avais tous les droits de pourparler avec les envahisseurs.
-« Commmmme nous nous rrrretrrr…vons petite louvvve ! » roucoula celui qui était le chef et qui avait finalement survécu à la bataille.
-« Effectivement, nos chemins se croisent de nouveau » répondis-je à mon homologue immonde.
-« Tu ne cherrrrches pas à fuirrrr cette fois ? Quel courrrrage bien qu’il soit inutile ! »
Son ton railleur me laissa de glace, je venais d’échafauder un plan qui nous sortirait de ce pétrin et pour cela, je me devais de ne démontrer aucune crainte face à eux. Avec un sang froid exemplaire : je m’adressai alors au chef comme à un égal.
-« Chef du clan des illustres Törkys, puisque nous sommes tous les deux en haute position, j’ose espérer que nous pouvons, peut-être, conclure un marché qui épargnerait la vie de chacun d’entre nous. »
Je rajoutai pour moi-même « bien que cela ne vous importe bien peu ». Je me tus, attendant patiemment sa réponse. La bête réfléchit un bon moment, le visage contracté par l’effort : il m’apparaissait clairement que l’exercice lui était peu familier.
Et puis, après un long moment de silence tendu :
-« Qu’as-tu à m’offrirrrr louve ? »
Contente de voir qu’il était intéressé, je me relaxai quelque peu, sentant mes deux compagnons de route en faire de même.
-« Le territoire que tu as revendiqué la dernière fois que nous nous sommes rencontré rien de moins ! Mes terres, celles de Torahammas ! »
-« Hummmmm, c’est que… »
Je me sentis redevenir nerveuse sous le coup.
-« Qu’y a-t-il donc ? Ce n’est pas ce que vous vouliez ! »
-« Mais ma petite, ton compagnnnon… »
-« Qu’est-ce qui ne va pas avec mon compagnon ? S’il est le chef ce n’est que grâce à moi. Je suis la seule descendante encore vivante de mon clan et il n’est rien si, je le décide. Le territoire m’appartient et ce en entier » m’imposai-je un tantinet paniquée, mais toujours en contrôle.
-« Ce qu’elle dit est vrai : si vous la tuez, le territoire sera entre les mains de Tummuus, puisqu’il est son compagnon légitime, mais si elle vous passe le flambeau de plein gré, alors le grand loup gris ne pourra rien contre vous. Vous serez les maîtres incontestés de la place. Nous quitterons au plus vite ! »
Sulous tremblait de la tête aux pieds, mais son intervention sembla agréablement prendre le chef par surprise.
-« Je dois avouer que c’est tentant, mais… Qui nous dit, que vous ne changerrrai pas d’idée et rrretourrrnerrrai auprès de Tummuus ? »
-« Parce que je ne suis pas sotte. Je sais très bien que c’est lui qui vous a envoyé afin de se débarrasser de moi et atteindre le titre d’unique chef de mes terres. Il vous donne quoi en échange de mon meurtre. Ne vous a-t-il peut-être rien donné en espérant que ma peau soit un prix raisonnable. Pourquoi voudrais-je l’aider ! Je n’ai aucune sympathie à son égard. »
Je pris une courte pause, laissant le poids de mes paroles tomber sur leurs épaules. Et pour donner encore plus de punch à mes dires, j’ajoutai :
-« Je ne crois pas que vous soyez assez dupe pour m’éliminer et lui laisser ainsi tous les droits. Je vous pense assez intelligent, chef Törky, pour vous rendre compte qu’il vous utilise à bon escient. Vous un chef alors que lui n’est rien. »
Cette fois, je ne doutais plus de mes paroles et je voyais que lui non plus. Il lisait la vérité dans mes yeux et ça le contrariait de s’être laissé avoir ainsi par son ennemis.
-« Je rrrremarrrque, qu’effectivement, tu vois clairrr. Ton cœurrr est empli de haine face à ce loup, je prrrendrrrai donc ta parrrole. Les Torrrrahammaaaas sont un peuple fier, qui ont toujours respecté leur traité. »
Je soupirai de soulagement : mon territoire contre nos vies saines et sauves, m’apparaissait comme un bon échange.
-« Je dois t’averrrtirrr que ton compagnon rrrisque de ne plus êtrrre de ce monde dès le lever du jour ! »
S’il voulait me faire de la peine, il n’avait pas bien choisi son angle d’attaque. Je lui signifiai que peu m’importait de sa pauvre carcasse et qu’ils pouvaient en disposer comme bon lui semblait, à même titre que les deux loups qui nous filaient depuis le début du voyage.
À mon grand étonnement, le chef des Törky s’inclina devant moi et ajouta :
-« Je me ferrrai un plaisirrr de m’en débarrrasser, grrrande chef déchue ! On ne se moque pas des Törkys s’en en payer le prrrix. Sache que je n’ai qu’une parole et je te la donne. Que la voix de ton peuple continu de sillonner le ciiiel encorrre longtemps. Tes efforrrts semblent enfin rrrécompensés. »
Le temps était plutôt frisquet, ce qui ne m’empêcha pas de m’endormir bien que j’eus voulu rester en éveil. La fatigue eut raison de moi peu après le départ de mon petit protégé. Son appel cependant me réveilla en sursaut. Mes sens en alertes, je cru percevoir des bruits de pas et beaucoup plus nombreux qu’ils n’auraient dû l’être si cela n’avait été que de Karkotus. Sulous leva la tête à son tour, encore toute endormie, elle me questionna du regard.
-« Je ne sais pas trop ! »
-« Devrions-nous fuir ? »
J’y pensai une fraction de seconde pour savoir qu’il m’était impossible de prendre la poudre d’escampette.
-« Et que faisons-nous de Karkotus. »
-« Qu’il aille au diable s’il n’est pas capable de simplement remplir une mission de guet ! »
-« Je ne le vois pas comme ça, moi ! Si tu tiens tant à ta peau pour abandonner un jeune alors vas t’en. Je ne te retiens pas ! »
Mes paroles semblèrent l’avoir frappées de plein fouet, puisqu’elle ne quitta pas son poste, se contentant de me regarder avec une expression que je ne sus déchiffrer.
D’ailleurs, je n’avais pas vraiment le temps, ni la concentration pour cela. Les pas se rapprochaient rapidement. Si je concentrais mon ouïe, je me rendais vite compte qu’il ne s’agissait guère de pas caractéristiques de loups et à mon grand désespoir, ils étaient beaucoup trop nombreux pour n’appartenir qu’à deux individus.
-« Prépare-toi, ils arrivent » lançais-je à ma compagne qui ne semblait plus prête à partir.
Qu’allait-il encore nous tomber dessus !?! Le premier, qui nous arriva en pleine figure, fût un Karkotus complètement affolé. Il passa entre nous deux et s’écrasa contre la roche qui avait été notre destination finale. Le petit prit quelques secondes afin de retrouver ses esprits. Je me fis patiente bien que le temps pressait.
-« Que ce passe-t-il ? »
Sulous n’avait pas envie de le découvrir par elle-même semblait-il.
-« Les… les-les.. to-tor…to »
Impossible de lui soutirer les mots clairs et précis que nous attendions. Le petit, trop effrayé, n’arrivait pas à prononcer quoi que ce soit. Sulous l’attrapa alors par la peau du cou et le secoua vigoureusement. Je fus offusquée, mais je n’eus cependant pas le temps de réagir puisqu’elle le relâcha aussitôt.
Ils se jetaient sur nous, ceux que Karkotus n’avait pu nommer : les Törkys, une lueur démente dans leur regard. Le voilà son fameux plan pour se débarrasser définitivement de nous !
Notre marche dura encore trois jours sans voir la moindre pointe de rocher mise à part les cailloux qui nous entaillaient les coussinets. Le printemps c’était bien beau avec la renaissance de la vie en forêt, mais je préférais de loin la neige de l’hiver qui amortissait nos pas. Je commençais à avoir hâte de voir enfin la fin de notre route et de pouvoir espérer prendre la clé des champs sans avoir peur que notre chef ne nous eusse rejoint dans les minutes suivantes. Je ne savais pas combien de temps il nous restait encore, et je n’étais pas la seule à en avoir marre, mais nous n’avions pas d’autre choix. La nourriture nous manquais et je ne pouvais espérer partir à la chasse sans nous retarder. Mais si nous n’avions pas vu cette satanée roche avant le nouveau couché du soleil, nous serions obligés d’aller à la pitance dès le lendemain, il ne serait impossible de pouvoir continuer le ventre ainsi vide.
Heureusement, cet artéfact nous apparut en fin de journée, alors que le soleil commençait sa longue descente. Karkotus sautait dans tous les sens alors que ma compagne d’infortune s’exclamait bruyamment sur le trajet qui lui avait paru durer des jours. Je tentais de garder mes idées bien claires, malgré le fait que j’eus été aussi contente qu’eux.
Mon corps engourdi par la marche ne se fit pas prier pour prendre quelques temps de repos lorsque nous atteignîmes enfin le rocher alors que la nuit était déjà bien haute dans le ciel. Alors que mon être reprenait des forces, mon esprit tournait et retournait tous les scénarios possibles. Pour arriver à s’échapper en douce, il fallait être sûres que nos espions ne pouvaient s’en apercevoir à la minute même où nous poserions une patte en dehors du chemin qui nous était tracé.
En même temps, je gardais l’ouïe à l’affût de tout ce qui aurait pu être étrange. Je me doutais bien que mon compagnon forcé ne nous avait pas envoyés ici pour le simple plaisir de nous faire marcher. Nous lui aurions été plus utiles en chasse. Je craignais que l’on nous attaque à cet endroit même. Je ne savais pas ce qui s’était passé avant que notre chef nous envoie : quel plan lui était passé par la tête cette journée là.
Je finis par prendre une décision bien que je la trouvai quelque peu téméraire, mais à bien y penser, je n’avais pas d’autre option.
-« Karkotus, viens ici ! »
Le jeune loup noir s’approcha rapidement, Sulous tendit l’oreille attentivement et hocha de la tête d’un air interloqué quand je leur expliquer mon plan. Elle entendit que je donnai le feu vert pour le louveteau et qu’il se soit discrètement éloigné avant de me chuchoter :
-« Tu crois qu’il saura mener à bien cette mission. »
-« J’ai confiance en lui. De toute façon, comment saurons-nous s’il est capable de quoi que ce soit, si nous ne le mettons jamais à l’épreuve. »
-« Et s’ils le voyaient, s’ils l’attrapaient ? »
Elle semblait effrayée à cette simple pensé.
-« Que veux-tu qu’ils fassent, ils vont simplement croire qu’il est allé se promener sans surveillance. »
Elle me lança un regard qui me sembla un peu fou. Je ne sus quoi lui répondre : oui il y avait quand même certains risques, mais si nous voulions enfin nous enfuir, il fallait bien en prendre, des risques. Je levai les yeux au ciel parsemé de toutes parts d’étoiles scintillantes, priant les dieux, les anciens et même mon défunt compagnon, de nous accorder leur grâce. Nous ne passerions pas au travers toutes épreuves seuls.
Tummuus décida qu’il était temps de partir le lendemain de ma discussion avec Sulous. Nous mangeâmes un dernier repas et nous fûmes enfin prêts. Le petit n’avait pas très envie de reprendre la marche, mais il n’avait d’autre choix. De toute façon, je ne l’aurais pas laissé seule en leur compagnie et il ne serait pas resté par lui-même si on lui en avait laissé le choix. Je ne pouvais imaginer ce qu’ils pouvaient lui faire si je refusais de l’emmener avec nous.
Je partis donc en compagnie de la louve, qui finalement était devenue mon amie, et de mon petit d’adoption. Tummuus ne me dit même pas un mot avant le départ et par dépit, j’en fis de même. C’était à peine s’il osa lever le regard sur celle qui avait accepté de jouer le rôle de sa compagne pendant tout ce temps. Aucune reconnaissance, rien ! Il était évident qu’il souhaitait que je disparaisse au plus vite malgré que je n’eus jamais mis en doute son autorité. La preuve était bien devant lui pourtant : je partais pour un endroit presque inconnu, courant après le danger parce qu’il m’avait dit de le faire. Enfin c’est ce qu’il croyait. Je dis au moins, au revoir aux deux derniers survivants de la tuerie et leur tournai le dos pour entreprendre ce voyage que j’estimais à environ cinq couchés de soleil. Je n’avais été dans cette partie de mon territoire qu’une seule fois durant toute mon existence avec mon ancienne meute. On y était allé pour régler des différents avec le groupe des ours qui vivaient sur les mêmes terres. Et c’était bien pour cela que je n’y étais jamais retournée, l’endroit leur avait été cédé dans une entente cordiale.
Aujourd’hui, je me devais de m’y rendre pour faire plaisir à ce nouveau chef qui ne cherchait qu’à m’éliminer, mais bien sur, je ne me résignerais pas à une telle chose. Je ne souhaitais plus du tout mourir. J’avais un petit qui avait entièrement besoin de moi, et Sulous ne survivrait peut-être pas très longtemps en tant que louve isolée. J’avais maintenant une mission ou plutôt un projet à mener à bien, et je ferais tout ce qu’il était en mon pouvoir pour arriver à mes fins. Si aujourd’hui je partais, ce n’était pas pour revenir, mes au revoir étaient, en fait, des adieux. Pour l’instant, je n’avais aucun plan de fait pour nous évader. J’avais la très nette impression que Tummuus ne serait pas dupe et laisserait aux autres le soin de nous guetter sur une bonne partie du chemin pour être sûr que nous gagnerions le rocher comme prévu.
Et raison me fût donné de penser ainsi, en fin d’après-midi, lorsque le vent changea soudain de direction et m’apporta l’odeur de nos condisciples. Ils nous suivaient bel et bien de loin. Discrètement, pour être sûre qu’ils ne m’entendaient pas, bien que je les savaient encore loin, je fis part de mes appréhension à ma compagne de route. Laissant Kartotus le temps de se reposer, nous décidâmes de prendre une pause pour discuter un peu de ce que nous pensions faire. En parlant le plus bas possible, je me rendis bien vite compte, sans surprise, qu’elle avait exactement la même idée que moi. Nous convînmes alors de nous rendre jusqu’au rocher, afin de ne pas semer le doute dans l’esprit de nos escortes supposément invisibles. Nous aurions probablement voulu faire autrement afin d’éviter une quelconque confrontation avec ours ou autres, mais si nous fuyons avant, les deux loups pourraient avertir Tummuus dans un court délais et ainsi nous serions rattrapées en moins de deux.
Alors, nous reprîmes patiemment notre chemin, le cœur soudainement plus léger. Il nous semblait que ce simple plan, très peu élaboré, nous poussait à aller jusqu’à but et à espérer une vie meilleure. Nous allâmes même jusqu’à éclater de rire lorsque Karkotus reçu une baffe par retour de coup d’une branche de sapin dont les épines se répandirent en tapis autour de lui. Tout piteux, il reprit sa place à nos côtés et marcha silencieusement jusqu’aux couché du soleil.
Sulous dormait déjà depuis un bon moment. Quant à Karkotus, il était callé le long de mon flanc gauche et roupillait allègrement l’esprit libre de tout souci. Je ne le connaissais que depuis peu, mais il me semblait qu’il avait déjà grandit de beaucoup. Le seul fait qu’il puisse enfin agir comme un jeune de son âge semblait l’avoir changé. Je tournai mon regard vers le ciel étoilé. La lune brillait en grand dans le firmament, elle me rappelait ma vie passée auprès de mon fidèle compagnon, pour qui je ne pourrai jamais oublier mon affection. Je m’en apercevais de plus en plus, en passant, le temps n’arrivait à l’effacer.
Tummuus fût de retour beaucoup trop vite à mon goût, bien que je ne fus pas mécontente de pouvoir remplir mon estomac à en craquer. Comme à mon habitude, je m’approchai de la viande de cerf sans même lever les yeux sur mon compagnon qui fit pareillement. Je me couchai à plat ventre pour mieux déguster en compagnie de Karkotus qui grâce à moi ne manquait plus jamais de rien. Tummuus le regardait en reniflant bruyamment, mais le regard que je lui lançai le fit tenir sa langue.
-« Orja, viens ici ! »
Je fus alors obligée d’abandonner mon morceau de cuisse appétissante pour rejoindre mon ingrat de compagnon qui choisissait toujours aussi bien ses moments pour me parler.
-« Qui a-t-il ? »
Je m’efforçais de garder un ton neutre et de ne pas trop laisser ma contrariété s’y glisser.
-« Je veux que tu aille jusqu’au rocher de
-« Et que dois-je y faire plus exactement ? »
Un sourire mauvais se dessina lentement sur son visage.
-« Amène le jeune avec toi et tu verras rendue là-bas. »
Sa manière de me répondre me signifia qu’il ne m’en dirait pas plus. Était-ce un piège pour se débarrasser de moi et Karkotus sans que personne n’en sache rien comme il l’avait laissé entendre quelques temps auparavant.
Je lançai un regard affolé vers mon protégé qui grignotait insouciamment, mais ce fût les yeux de Sulous qui vinrent à mon secours. Elle se leva alors et alla directement à mon compagnon. Elle s’inclina bien bas et discuta un moment avec lui. Le grand loup l’a quitta avec un air d’indifférence. Je retournai alors à la carcasse déjà presque toute dépouillée. Je me demandais bien ce qu’elle pouvait manigancer. Peut-être était-elle de mise avec lui et convoitait ma place à ses côtés si je venais à disparaitre.
Ce ne fût que lorsque le repas fut terminé et que je nettoyais affectueusement Karkotus que je compris enfin. Sulous vint s’allonger près de nous et, tout bas, elle m’avoua :
-« J’ai demandé au chef si je pouvais t’accompagner ! »
Ma surprise fût telle que j’en mordis l’oreille du louveteau qui se retira soudainement.
-« Lumiii ! » se plaignit-il.
Il était le seul à m’appel par mon ancien nom, mais il avait vite comprit qu’il devait le faire loin de mon compagnon qui n’aurait jamais accepté qu’on le défi ainsi.
-« Je suis désolée ! Peux-tu aller jouer un peu plus loin ? »
Le petit ne demanda pas son reste et alla immédiatement se battre contre une grosse racine d’arbre qui dépassait de la terre à quelques pas de nous.
-« Et pourquoi tiens-tu à nous accompagner ? »
-« Que ferais-je seule ici ? »
Je ne répondis rien, préférant la laisser continuer.
-« De toute façon, vous ne serez pas en sécurité seuls là-bas, que tu le veuilles ou non, Karkotus représente une lourde tâche si tu dois le protéger en cas d’attaque. Il n’est pas encore assez vieux pour assurer lui-même sa protection et tu seras obligée de sauver sa peau en plus de la tienne. »
J’ouvris la bouche pour répliquer, mais elle avait déjà prévu le coup.
-« Je sais qu’il t’a déjà sauvée, mais nous étions tout de même toute la troupe pour se défendre. «
Elle baissa le ton d’un cran de plus, après avoir regardé autour d’elle et s’être assurée qu’il n’y avait personne qui nous épiait, tous reprenaient un peu de sommeil, le ventre bien rempli :
-« Je crois vraiment de Tummuus cherche à ce qu’il vous arrive quelque chose en vous envoyant là-bas et il serait mieux que vous soyer le plus grand nombre possible d’individus afin de mieux être en possibilité de réagir en cas d’attaque. »
-« Et pourquoi aurait-il accepté que tu viennes avec nous, s’il désir que nous mourions ? »
-« Je crois que c’est tout simplement parce que je ne compte pas plus à ses yeux que vous deux. Ma disparition en reviendrait à dire : une bouche de moins à nourrir. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Depuis que mon compagnon est mort, il n’a plus aucune raison de me garder en vie. Regarde-moi, je suis chétive et faible. Je n’ai plus la moitié de la force qui m’habitait il y a à peine un an de cela. Il a déjà eu peur que moi et Pikainen voulions prendre sa place de chef de meute. Donc, depuis ce temps, il me tient en régime bas et je ne peux apporter de l’aide à la chasse, je ne suis bonne en rien au combat. Je suis devenue un poids pour lui. »
Après la magnifique déclaration de Tummuus, je me renfermai une nouvelle fois dans un mutisme qui ne s’estompait que pour Karkotus. La seule femelle qui restait, ne cessait de me suivre partout. Sans doute croyait-elle avoir trouvé en moi une forme de réconfort, remplaçant son arrogante de copine, bien que je ne lui eu jamais adressé la parole. Sa présence m’indisposait, mais je la laissai faire. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle devait vivre un deuil et cherchait une consolation après avoir perdu tant d’individus auxquels elle tenait. C’est pour cela que je ne lui faisais aucun reproche bien que je n’allais pas jusqu’à lui parler allègrement. Et elle s’en contenta.
Karkotus gambadait partout, nous étions le quatrième jour après notre arrivée sur mes anciennes terres. Tummuus était parti à la chasse, depuis déjà quelques heures, avec les deux mâles. Il n’y avait que moi, le petit et ma nouvelle suivante. J’étais confortablement allongée dans un coin d’herbe humide où le soleil me chauffait. C’est pour ces moments là que je continuais de me battre même si c’était contre moi-même.
En effet, depuis mon arrivée, je ne cessais de penser à m’enfuir. Je n’en pouvais plus de vivre au service de cette brute bien qu’il ne m’eut encore obligé à rien. Je ne voulais plus faire semblant de ne jamais avoir appartenue à un autre. Les louves n’avaient qu’un seul compagnon et ce, autant dans la vie que dans la mort. Je ne pouvais oublier me compagnon, le vrai. Celui qui m’avait toujours respecté. Sulous vint bien vite me rejoindre, oui un nom assez étrange même pour ceux qui aurait connu l’ancien langage. Je me souvenais que ma grand-mère parlait souvent de ma mère avec ce qualificatif. Et d’après elle, ce mot voulait signifier la grâce. J’avais beaucoup de difficulté à imaginer en quoi cette louve rachitique et mal propre pouvait être gracieuse.
Soudain, il me vint à l’esprit l’image d’une jeune louve, fraîchement sortie de l’enfance. Sa fourrure grise saillante, voletant sous une brise légère et miroitant les rayons du soleil. Elle aussi avait dû déjà avoir une vie meilleure avant de se retrouver parmi cette bande. Elle se rapprocha quelque peu en rampant, cherchant un peu de soleil aussi. Je me fis généreuse pour une fois, je me tassai un peu pour lui faire de la place. Elle ne dit pas un mot, adoptant le même tactique que moi, mais elle semblait tout de même reconnaissante. Les oreilles basses et la queue entre les jambes, elle fit bien attention de montrer toute la soumission qu’elle pouvait y mettre. Je jetai un coup d’œil rapide au petit pour voir que tout allait bien puis je me tournai vers elle. Si je devais rester ici encore pour longtemps autant m’en faire une amie plutôt que le contraire.
-« Sulous, dis-moi, es-tu ici depuis longtemps. Je veux dire avec cette meute ? »
Elle parut tout à coup bien surprise d’entendre ma voix s’adresser à elle. Malgré le fait que j’eu prononcé son nom en début de phrase, elle regarda de chaque côté d’elle pour s’assurer qu’elle était bien le récepteur de mon message.
-« Depuis… elle hésita… quelques temps déjà. »
Elle regarda encore une fois autour d’elle, mais cette fois elle semblait voir s’il n’y avait personne pour nous entendre et elle continua d’une manière précipitée.
-« En fait, quelques années. Mon clan a été décimé par celui-ci, mais Pikainen, l’un de ses plus proches fidèles, a préféré me prendre pour compagne plutôt que de me tuer. »
Une autre fois, elle vérifia si nous étions toujours seules avant de continuer ses confidences.
-« Alors, je n’ai eu d’autre choix que de les suivre, un peu comme tu as dû le faire, toi aussi. Nous sommes dans le même bateau. Sauf que moi, j’ai eu la chance d’avoir un compagnon qui m’aimait bien. »
Sur ce, elle allongea la tête sur ses pattes de devant pour mieux profiter du soleil qui s’inclinait déjà à l’horizon. Je n’étais donc pas la seule à qui le destin avait joué un bien mauvais tour. Elle avait été obligée, elle aussi a embarquer dans cette aventure.
Cette brève discussion me laissa perplexe, après tout nous avions beaucoup de points communs. Plus le temps passait et plus j’apprenais de choses surprenantes.
Le bilan était bien triste. Il ne restait plus que notre étrange trio, accroupi près de la dépouille du monstre, deux mâles et une des femelles. Tous les autres avaient perdu la vie dans ce combat. Les cadavres jonchaient le sol, faisant fondre la neige autour d’eux avec leur sang chaud qui gouttait encore de leurs veines. J’aurais préféré que jamais Karkotus n’ait à voir une telle chose. Pauvre louveteau, si jeune et être confronté à une si dure réalité, à une scène si atroce.
Tummuus me lança un regard de glace et nous commanda de le suivre. Ce que je fis avec le petit à mes côtés. Le chef ne rechigna pas en le voyant se promener ainsi collé à mes flancs. Sans aucun doute savait-il qu’il venait de me sauver la vie. Protégeant, sans l’avoir voulu, son titre de chef des Torahammas.
Et ainsi, nous reprîmes la route qui devait nous mener enfin chez nous. Avec une troupe si allégie, il fallait vite trouver un endroit sûr. Bien peu de mots furent échangés durant ce qui nous restait de chemin. Chacun étant exténué et pour certains même blessés. Tummus était l’un d’eux, mais il n’en laissait rien paraître. Je devais m’avouer que même si je le haïssais cordialement, il avait quelques bonnes qualités de chef de meute. Dont celle de ne pas se sauver lorsque la tempête gronde. Et pour cela, je cessai de ronchonnai même si cela ne m’arrivais qu’en de très rares occasions. Et comme en échange non verbal, il me permit de toujours voyager en la compagnie de Karkotus qui avait vite retrouvé toute sa joie de vivre et en était même parfois un peu trop enjoué.
Le chef qui au début ne levait même pas le regard sur le petit, commençait vraisemblablement à s’y faire. Je ne dirais pas qu’il s’attachait à lui, mais au moins, il l’acceptait. Je me surpris à l’entrée de notre nouveau territoire à nous imaginer en petite famille que nous semblions. Cette pensée ne fut que très brève, mais elle me vint tout de même à l’esprit. Après tout, je devait m’habitué en tant que compagne de Tummuus et je semblait m’être désignée moi-même en tant que mère adoptive de Karkotus.
Cependant le chef ne me fit pas attendre avant de me prouver que nous ne formerions jamais une seule et même entité. À peine arrivés sur ses nouvelles terres, il me prit à part et me dit cruellement à l’oreille :
-« Ne vas pas t’imaginer que si je n’ai pas voulu te laisser à eux, c’est par un quelconque attachement. »
Je me figeai quelque peu. Que cela signifiait-il donc ? Il ne fut cependant pas bien long à s’expliquer.
-« Si je t’avais rendue à eux, je n’aurais plus eut de droit sur ces terres, et c’est eux qui auraient pu en profiter. »
Une bouffée de colère me monta au visage. Sous la fourrure blanche de ma longue face, je sentais ma peau devenir bouillante. Comment osait-il me dire tout cela ? De plus son expression d’intense satisfaction qu’il me sortait à toutes les fois qu’il m’exprimait ses vils… sentiments ou je ne sais comment appeler ça, me sortait hors de moi.
Cette fois, je ne lui laissai pas le temps de faire une petite sortie comme il en avait prit l’habitude. Cette fois, ce fut moi qui lui tournai le dos après lui avoir lancé un lourd regard de dégout. Je ne savais plus si j’étais contente qu’il m’ait défendue au lieu de me donner aux monstres. Peut-être eux auraient-ils eu plus de compassion ou du moins, plus de cœur, qui sait. Sur ce point, Tummuus n’était pas vraiment dur à battre.
La bête ouvrit grande la gueule comme si elle voulait m’avaler toute entière. J’en profitai alors pour le donner un bon coup de griffes sur le museau. L’animal me lâcha qu’une fraction de seconde, mais ce fût assez pour me permettre de glisser mon 4ème membre prisonnier hors de son emprise. Je n’attendis pas de savoir si je l’avais blessé que légèrement, je m’élançais de toute la vitesse que je pouvais vers l’endroit où le combat faisait toujours rage.
Malheureusement, mon maximum ne fût pas assez. La bête m’avait déjà rattrapée et d’un coup d’épaule m’envoya au tapis. Cette fois, il ne prit pas tout son temps à me dévorer des yeux. Il se jeta directement sur moi, m’écrasant sous son poids surprenant : intensément lourd pour une carrure qui semblait si frêle. Un large filet de bave coulait sur ma poitrine déjà tâchée de sang. J’étirais le cou le plus loin possible du visage de l’affreux et repoussais une vague nauséeuse.
Soudain, sa patte qui m’écrasait la cage thoracique s’enleva, me laissant reprendre enfin mon souffle. La bête se mit alors à gémir de douleur sans que j’en sache la cause. Néanmoins, je ne restai pas pour voir, je me retirai de sous mon agresseur et m’éloignai de quelques pas, curieuse de ses agissements plutôt étranges.
En fait, il n’y avait rien de mystérieux là-dedans. Karkotus était accroché, à l’aide de sa puissante mâchoire, à la peau du cou de l’animal. Il avait beau se secouer dans tous les sens, le petit tenait bon. Je ne fus que sidérée de voir à quel point il était courageux. Je regardai en direction de mon compagnon qui se battait encore. Il ne faisait aucun doute que l’issue du combat s’en venait et elle nous semblait favorable. J’optai donc pour une autre solution, j’allais m’occuper moi-même de ce chef Törky malgré son horrible puanteur.
Mon petit protégé était encore accroché à mon assaillant que je m’élançai pour l’aider. Je m’attaquai premièrement à son mollet gauche pour le faire plier du genoux, pour ensuite mordre à pleine dent dans la patte avant qui lui servait d’équilibre alors que l’autre essayait vainement d’attraper Karkotus sur son dos. Et je continuai ainsi pendant plusieurs minutes, mordant, griffant chaque partie du monstre et au moment où il semblait le moins s’y en attendre. Bientôt, il ne sut plus où donner de la tête. Et, épuisé, affaibli, il s’affala par terre, haletant comme un vieux buffle. Mon petit compagnon sauta à terre et me rejoignit, un grand sourire au visage. Je ne savais pourtant pas si je devais tuer cette bête qui m’apparaissait soudainement faible et effroyablement maigre. Il me faisait presque pitié à voir empêtré dans ses longs membres. J’approchai le petit de moi et continuai encore un instant à regarder ce sinistre spectacle jusqu’au moment où Tummuus nous surprit de sa grosse voix rauque.
-« Mais qu’est-ce que vous attendez !?! Abattez-le pendant qu’il en est encore temps. »
Et ainsi commença le combat. Les créatures aux membres démesurés se jetèrent sur mes deux gardes du corps. Le premier y laissa la vie sur le coup, l’une des bêtes l’avait attrapé par la gorge et étouffé en moins de temps qu’il n’en le faut pour le dire. L’autre se précipita à contre courant pour prendre son adversaire par surprise. Je ne pris pas de chance et amenai mon protégé à l’abri sous une racine d’arbre. Je ne pouvais le laisser à mes côtés, il serait beaucoup trop en danger. Le petit me lança un regard suppliant et me demanda où j’allais. Je lui donnai un bref coup de langue sur la joue et, sans un mot, je lui tournai le dos. Puis je me précipitai à mon tour dans la bataille. Déjà quelques uns de mes compagnons d’infortunes étaient tombés et se faisaient manger goulument par ces bêtes.
Au travers ce désordre, je réussis à repérer mon homologue couvert de sang. À ses pieds gisait le corps sans vie d’un de nos assaillants. Je m’encourageai de le voir si fort. J’imitai alors mon chef et me jetai au combat corps et âme.
Mes crocs déchirèrent la chaire aigre de la bête la plus proche de moi et auquel je venais de sauter sur le dos. Le goût atroce me fit immédiatement lâcher prise. J’eus un haut le cœur qui s’effaça au moment où l’on me projeta à terre. Je me tournai sur le dos pour voir ce qui arrivait. Le Törky immense se pencha sur moi, l’odeur était insupportable et le devint doublement lorsqu’il ouvrit la bouche.
-« Cette fois… Tu ne surrr…vivrrr…a pas. »
Je lui donnai un puissant coup de pattes arrière qui le renversa. La bête perdit l’équilibre et tomba en bas de ses longs appendices. Tummuus apparut de nulle part et lui sauta au cou. D’un coup sec, il lui arracha une immense partie de la gorge. Le sang se mit à gicler dans tous les sens, inondant le visage de mon loup et les quelques parcelles de terre dégagées. Mon compagnon le laissa crever là et partit courir après un autre qui avait prit en chasse l’une des femelles couardes. Pour ma part, je me dirigeai en sens inverse pour mener à bien mon combat.
J’allais asséner un coup de grâce à l’une des bêtes que nous nous étions mit à trois sur son cas, quand je me fis attraper par la queue. On me traîna ainsi sur au moins cinq mètres avant que je ne saisisse ce qui m’arrivait. Je tentai alors de me débattre, mais mes coups de pattes dans l’air ne donnaient rien. Je tournai alors la tête vers mon agresseur pour me rendre compte qu’il s’agissait du chef qui avait revendiqué ma peau en échange du droit de passage. Il m’entrainait loin du reste de ma meute, loin de leur regard et de la protection de mon compagnon. L’idée de demander de l’aide ne me vint même pas à l’esprit. À la place, je continuais de balancer inutilement mes membres. Sa longue patte en forme de main me serrait tellement fort le mollet que mon appendice commençait à me picoter. Plus je gigotais et plus il resserrait son emprise.